jeudi 30 novembre 2017

Handicapé.

   Aujourd'hui, je devais franchir un nouveau pas dans l'acceptation de mon état, j'ai pris contact avec un organisme spécialisé dans l'art de valoriser son handicap.
   Ils ne veulent pas de moi, ce qui me permet d'écrire ce texte en toute décontraction!
   Le sujet en est pourtant grave, il me faut réellement accepter ma nouvelle situation, je suis handicapé.
   J'ai commencé par vouloir utiliser un synonyme, mais aucun n'exprimait mieux mon état.
   Je vais tenter de vous en restituer la liste, de façon non-exhaustive, dans les quelques lignes qui vont suivre.
 
   Or donc, me voici handicapé
   Par une défaillante santé
   En cette si saine société
   Je suis devenu inadapté
   Je suis estropié
   Sans être amputé
   J'ai l'air mutilé
   Je ne suis que déshérité
   Pas encore retardé
   Je reste un incurable
   Et complet anormal

   Je l'ai écrit sous vague forme poétique, cela m'est une agréable surprise de le découvrir, la maladie rendrait mes doigts romantiques!
   Heureusement, parce que le vocabulaire, lui, est sans concessions. Car, si le handicap est un désavantage, voire une infirmité, il ne saurait être une infériorité, n'en déplaise aux dictionnaires!

mercredi 29 novembre 2017

Vent debout.

   Dans la direction opposée à celle que l'on veut suivre sur un voilier, mais il est des moments où l'expression peut mettre pied à terre!
   J'ai vraiment le sentiment que ma vie est liée au climat, je suis en pleine période de turbulences, mais j'ai surtout le sentiment d'avancer vent debout. Quelle que soit la direction choisie, j'ai le vent de face et je le trouve particulièrement agressif.
   Le bon sens devrait me pousser à ne plus lutter, sans pour autant me laisser emporter, tirer des bords, ou zigzaguer pour les terriens, pour résister et avancer, pas à pas.
   Mais il y a l'image que l'on a de soi, le souvenir de luttes passées, qui s'annonçaient pires que celle que j'ai à mener aujourd'hui et dont je suis sorti debout, quel que soit le sens du vent!
   Là, je ne suis pas même sûr d'avoir la force de border les voiles, l'envie de les laisser faseyer me tente beaucoup.
   Mais il y a toujours cette nature qui dit debout, même, et surtout, vent debout. Je dois accepter de prendre le temps, mais je n'ai pas le sentiment de l'avoir. Alors, je courbe l'échine, je rentre la tête dans les épaules et je me laisse croire que j'avance.
   Cependant, ce n'est que le souffle contraire du vent qui provoque ce sentiment.
   Il ne me reste plus qu'à louvoyer en attendant la fin de l'avis de tempête, là ce sera un duel entre mes envies et mes réalités.
   Il m'est, cependant, une réalité qui apparaît établie.
   Je ne me sentirai, vraiment, heureux que lorsque l'on me dira que mon projet va dans une direction opposée à celle que l'on s'attendait à me voir suivre!

mardi 28 novembre 2017

Comme un goéland dans le vent.

   Passant outre une météo plutôt défavorable, je décidais d'aller m'aérer, c'est le bon terme! J'ai décidé, pour me motiver, d'aller prendre rendez-vous chez ma toubib ( c'est le seul mot qui me permette d'éluder l'horrible "doctoresse" que l'on prétend nous imposer!) en direct, plutôt que d'appeler.
   Ce que je n'avais pas prévu, c'est que l'aller se ferait en vent contraire et il était très fraîchissant comme le disent les météorologues, froid et pénétrant, en Français! L'avantage d'un vent de face à l'aller, c'est qu'on l'a dans le dos au retour!
   C'est à ce moment que j'ai pu, vraiment, observer les alentours et surtout le ciel, j'aperçus alors quelques goélands jouant dans le vent. Là, une idée folle m'est venue, peut-être pourrais-je moi aussi me lancer dans le vent et le laisser m'emmener au gré de ses caprices.
   Je prenais la direction des petites rues sinueuses et m'y laissait guider par les caprices du vent.  Suivant du regard les gracieuses circonvolutions de mes aériens cousins, au milieu de nuages porteurs d'ondées aussi brèves qu'intenses, mêlant grêle et pluie froide.
   Le vent fut parfois si violent qu'il me transperçait les oreilles, aérant mon cerveau, chassant ce qui n'y avait pas sa place. J'errais emporté par la folie du vent, gagné peu à peu par elle, devenu un goéland!
   C'est ainsi que, de nuage en nuage, j'arrivais chez ma charmante élève du moment, échevelé, les joues rougies éclairées du sourire béat de celui qui, tout à coup, prend conscience qu'il fait très froid dehors!
   Nous avons, comme d'habitude, terminé nos révisions par une promenade littéraire, où j'essaie peu à peu d'enrichir le vocabulaire de mon intéressante épigone. Par l'un de ces curieux hasards de la vie, Maéva m'invite à regarder le ciel où elle "adore regarder les oiseaux dans le ciel"!
   Nous avons donc devisé ornithologie, elle a appris les noms des oiseaux qu'elle ne connaissait pas et m'a lancé le défi de les orthographier, sans fautes, lors de notre rendez-vous de demain!
   Voila, ensuite j'ai dû rentrer avec le vent en pleine face, mais je n'en ai pas été incommodé le moins du monde, allez savoir pourquoi!

lundi 27 novembre 2017

Dialogue de sourds.

   Je vis dans un appartement, juste en-dessous d'un couple de retraités aussi sympathiques qu'ils sont sourds, ils vivent donc en réalité, auditive, augmentée!
    Tous les volumes sont au maximum, une seconde sonnerie stridente a été ajoutée au téléphone qui ne fonctionne qu'avec le haut-parleur! Je ne vis pas ça comme une contrainte, ils ne sont guère bruyants et leurs conversations ne sont pas nombreuses.
   C'est juste que j'ai, parfois, l'impression de faire partie de la famille, ainsi ai-je pris le petit déjeuner en leur compagnie!
   Je ne vous rapporterai pas le détail de la conversation. Il vous suffit de savoir que ce sont deux personnes âgées qui s'aiment d'autant plus qu'elles sont devenues le soutien l'une de l'autre.
   Au fil de leur vie, ils ont su apprendre à compenser les faiblesses de l'autre, cela s'entend, très fort, dans leurs échanges, j'ai parfois l'impression que c'est à moi qu'ils parlent!
   Je trouve cette situation plus drôle que contraignante, cela me rappelle les premiers logements occupés où l'on avait l'impression de vivre avec les voisins. Le confort nous a menés à l'isolement!
   Si je me décide à vous parler d'eux maintenant, c'est que ce matin ils se sont surpassés pour m'offrir un dialogue de sourds dans tous les sens du terme.
   Madame devait s'absenter et tentait d'expliquer à son mari ce qu'il devait faire pour préparer le déjeuner.
   Mais, elle avait beau lui crier les consignes, il n'est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre!
   Il se fit répéter trois fois les directives pour la cuisson des pommes de terre, c'est vous dire sa mauvaise volonté!
   Je dois vous avouer que j'ai attendu le retour de madame pour écrire ce texte, je voulais savoir si le mari avait pris le risque de ne rien faire!
   Je n'ai eu droit qu'à un :"tu vois quand tu veux", qui' étrangement, me ramena à mes parents!
   Finalement, les philosophes se sont trompés quand ils ont prétendu que l'amour ne pouvait durer, je pense, au contraire, que le vieillissement de l'amour le magnifie!

dimanche 26 novembre 2017

Sustentation.

   Comme vous le savez déjà, ou pas, ce qui importe peu puisque je vais vous le dire, ou redire! Il se trouve que j'ai maigri à un point qui en arrive à m'effrayer, c'est vous dire s'il y a de quoi s'inquiéter.
   Je ne résiste pas au seul plaisir que m'apporte cette nouvelle, la tête déconfite de certaines de mes amies lorsqu'elles prennent conscience que nous faisons le même poids, mais je mesure un mètre quatre-vingt-quatre!
   Bon, je suis passé sous la barre des soixante-sept kilos, ce qui ne fait plus beaucoup, ça doit me ramener vers mes treize ans! Quand je vous dis que je rajeunis!
   Mais trêve de forfanterie, il me faut, impérativement reprendre du poids, mais vous connaissez la médecine, ça ne s'annonce pas simple!
   Je dois m'alourdir sans faire de gras, ou le moins possible, manger des aliments qui ne font pas grossir pour grossir. Après les neurologues un peu neuneus, les diététiciens ascètes et on nous exhorte à avoir confiance dans la médecine!
   Bref, je dois revoir mes bases de sustentation, pour retrouver un équilibre alimentaire qui me permette d'élargir mon quadrilatère de sustentation! Si vous ne comprenez rien à la phrase précédente, vous n'avez qu'à consulter un dictionnaire, ainsi que je le fis, bande d'illettrés!
   Vous savez l'appétence que j'ai pour les nourritures et leurs goûts, me sustenter mieux ne pouvait me déplaire. Mais il est des contraintes médicales qui sont en totale opposition avec les contraintes gustatives.
   Un exemple, cette charmante doctoresse me dit que je peux continuer à boire du chocolat chaud en mangeant des tartines.
   Jusque là tout va bien, mais, très vite, il y a achoppement.
   Lorsqu'elle me dit que le chocolat doit être allégé, noir, sans sucre, je me réjouis.
   Lorsqu'elle me dit que le lait doit être écrémé et surtout pas bouilli, je commence à m'inquiéter.
   Lorsqu'elle me dit qu'il faut mettre très peu de beurre sur mes tartines et qu'il vaut mieux qu'il soit doux, mon sang ne fait qu'un tour!
   Par chance, je parviens à maîtriser le flot d'imprécations en le ravalant, redonnant à ma façade une trompeuse apparence de calme.
   J'étais en état de sustentation, mais grande était la tentation d'atterrir brutalement pour mieux lui expliquer l'inconcevabilité* de son plan, manger sans plaisir n'est pas se nourrir, lui dis-je.
   Semblant sourde à mes récriminations, ma chère interlocutrice pensa pouvoir me parler de compléments alimentaires sous forme de pilules, me rendant sourd à ses élucubrations.
   Voilà, je vais aller me faire cuire une crêpe, avec "suffisamment" de beurre et, peut-être, du fromage, du jambon et un œuf, il me faut un régime complet!

*Je sais que ce mot n'existe pas, mais il devrait!