mercredi 31 août 2011

Retour aux sources.

   Il est parfois utile de faire un retour aux sources, ne serait ce que pour se convaincre que l'on fait bien d'avancer sans se retourner. Cela permet de faire le point et de se dire que, finalement, les sources ne donnent pas toujours de grandes rivières, parfois elles se tarissent, alors il faut creuser son puits, ainsi l'eau sera toujours fraîche.
   Il faut bien comprendre que ce n'est pas se ressourcer qu'un retour aux sources, souvent ce n'est qu'une forme de nostalgie passagère, qui passe aussitôt que le constat est fait qu'il n'y a plus rien à tirer de la source initiale, voire qu'elle est devenue imbuvable. Mais, pour s'assurer que le constat n'est pas erroné, il faut y remonter, savoir y prendre ses dernières gorgées, même si elles paraissent amères, surtout si elles paraissent amères. Ainsi l'on continuera de naviguer sur le fleuve de la vie en devenir vers l'aval, la barque chargée de nos affaires personnelles et des richesses accumulées.
   Il est certains mouvements qui ressemblent à un recul, mais ils ne servent qu'à prendre de l'élan, pour être sur de réussir le grand saut vers le futur. C'est cela qu'un retour aux sources, quand on en revient, c'est pour courir vers l'avenir sans aucune hésitation, afin de franchir allègrement ce que l'on croit être un gouffre mais qui n'est, en réalité, qu'une petite faille du temps. Alors, dans un grand bond en avant, on change de monde, on change de vie vers un ailleurs où l'herbe sera toujours plus verte car nourrie de l'Amour de sa vie.
   La source qui y coule est plus vive et l'eau y est plus fraîche, la rivière qui s'y forme, pour tumultueuse qu'elle soit, se canalisera avec le temps et l'on y pourra se baigner avec délices. Le retour aux sources ne sera plus, alors, qu'un vague souvenir qui ne servira qu'à se rappeler que la vie est unique et que l'on ne peut s'y permettre de perdre du temps, qu'il faut avancer, coûte que coûte, en s'éloignant de la source pour avancer vers l'océan qui s'offre à l'embouchure.
   Alors il ne sera plus question d'un quelconque retour, les voiles gonflées par le vent de l'Amour, il ne faudra que se laisser guider par les flots. Tenons fermement la barre, mon Amour, et voguons loin de cette maléfique source qui tente de nous rappeler à elle, pour s'échapper dans la joie et le bonheur d'une liberté Amoureuse enfin acquise.

J'aime faire le ménage.

   Ces jours ci, je suis en plein déménagement, je parle sur plusieurs jours parce que c'est un peu rocambolesque comme déplacement, je ne fais que changer d'appartement, dans le même immeuble, mais il m'a fallu accepter des conditions un peu spéciales, bref, demain soir ce sera terminé et j'aurai un espace de vie plus spacieux. Ce n'est que temporaire une fois encore, mais une petite voix me dit que mon prochain déménagement aura quelque chose de plus définitif!
   En attendant, je me retrouve à nettoyer pour rendre l'appartement dans de bonnes conditions, ça tombe bien, j'aime faire le ménage. Il faut dire que je le fais en grand, je refuse de laisser la moindre trace de mon passage, au sens propre, comme au figuré! C'est l'avantage des déménagements, ils permettent de se débarrasser de vieilleries que l'on avait accumulé, même si, dans mon cas, je ne reste pas assez longtemps pour avoir quoi que ce soit à jeter, quelques revues, quelques livres offerts à mon libraire, des vieux journaux et des papiers devenus désuets.
   Il y a une seule chose dont je suis heureux de me séparer, ce sont mes bruyants voisins, je les laisse à la prochaine victime d'un propriétaire peu scrupuleux, quand je pense que c'est un étudiant qui loue derrière moi, je me dis qu'en voila un qui va rater ses études! Mais je suis si heureux d'être enfin libéré de ces alcooliques invétérés que je n'ai pas pitié de mon remplaçant, enfin des nuits normales, sans boules Quiès dans les oreilles, le sommeil du juste, ce qui tombe bien vu ma nouvelle personnalité! Je nettoie ma vie de ses bruits parasites en ne me déplaçant que très peu, j'ai bien essayé de chercher un logement hors de la vieille ville, mais il m'est impossible de quitter ce quartier au sein duquel je me sens si bien.
   Il faut dire que j'y ai noué quelques relations et j'ai acquis la sympathie de mes commerçants et voisins, je refuse de faire le ménage dans mes relations sociales naissantes. La vieille ville est comme un village de campagne, avec ses résidents qui se connaissent et se reconnaissent, se saluent et discutent facilement, donnant l'impression d'appartenir à une famille plus qu'à une ville. Je me stabilise, c'est bon signe, j'ai fini de nettoyer ma vie de ce qui l'encombrait, maintenant je vais pouvoir repartir sur des bases saines et reconstruire une vraie histoire, dans une ville d'histoire!
   Voila, j'ai donc terminé de faire le ménage, ma vie est dépoussiérée et je respire mieux, je n'ai plus qu'à attendre mon prochain déménagement pour mettre un point final à mes lubies de nettoyage, car, encore une fois, j'ai de très bonnes raisons de savoir qu'il sera le dernier de la série, il mettra fin à ma mobilité maladive, mais ne me rendra pas immobile pour autant, au contraire!!!

mardi 30 août 2011

J'aime les oiseaux.

   Il est un fait connu des jardiniers, le rouge gorge est leur ami, peu farouche ou très curieux, il ne peut s'empêcher de s'approcher dés que l'on jardine. Aujourd'hui, je taillais les arbres et arbustes de la pépinière où je travaille, cela m'a permis de sympathiser avec deux de ces si jolis oiseaux.
   Ils sont attirés par les insectes qui s'envolent lorsque je remue les branches, ces deux gourmands s'en sont donné à coeur joie! Ils s'exprimaient par de petits pépiements, au début je n'y prêtais guère d'attention, pensant qu'ils conversaient entre eux, une conversation typique de ce genre de situation: "qu'est ce qu'on va se mettre dans la panse, ils sont pratiques ces humains", ou quelque chose dans le style. Mais, au bout d'un moment, je me rendis compte qu'ils me regardaient en sifflotant quelques notes de musique très douce à l'oreille, alors je me fis plus attentif et, phénomène incroyable, je me suis rendu compte qu'ils s'adressaient à moi!
   Imaginez ma surprise et mon désarroi de ne pouvoir comprendre ce qu'ils me disaient. Ils modulèrent leurs stridulations et je finis par comprendre qu'ils me demandaient de tailler d'autres arbustes, ceux avec quelques fleurs pas encore totalement fanées, plus riches en insectes! Je leur expliquais que leur tour allait venir mais qu'il leur faudrait attendre que j'ai fini la série en cours, je sifflotais ma réponse, peu convaincu qu'ils me comprennent. Ils ont pourtant parfaitement réagis à mes sifflements, ils se sont posés en face de moi, sur une barrière et ont sagement attendu que j'en arrive aux plantes de leur désir.
   Pendant ce temps, nous avons continué d'échanger nos points de vue. Pour eux aussi, la conjoncture n'est pas très favorable, mais ils partiront bientôt en vacances dans les pays du sud et seront plus heureux. Là, il faut que je lève le doute sur une croyance humaine concernant la migration des oiseaux et les grands mystères qui y sont liés, ils font comme nous, ils prennent des vacances dans des pays au climat plus clément pour l'hiver afin de ne pas souffrir du froid, c'est tout! Ils ont leurs endroits de prédilection et sont assez pantouflards, ils aiment aller dans des lieux qu'ils connaissent, comme une majorité de touristes humains.
   Une fois mon travail terminé, ils se sont envolés, non sans m'avoir remercié pour le fabuleux repas que je leur offris. Ils m'ont, aimablement, retourné l'invitation mais je l'ai déclinée, les insectes et les vers ne font pas partie des mets que j'aime. Ils en ont été surpris, n'hésitant pas à me dire que c'était pourtant très nourrissant et que les humains feraient bien de s'y mettre afin de remédier à leurs problèmes d'alimentation!
   Alors, bien sur, incrédules comme vous l'êtes, vous allez me dire que j'affabule, que les oiseaux ne peuvent discuter avec un humain, qu'ils n'ont peut être pas même de langage propre, mais j'ai des preuves! Alors que j'arrivais à Dinan, une fois ma journée terminée, j'ai assisté à une conversation entre un goéland et un corbeau, ils étaient en désaccord et c'est un couple de pigeons qui est intervenu pour mettre fin au débat! Si ça ne vous convainc pas, demandez aux éléphants volants s'ils ne discutent pas avec les oiseaux!
   Allez, éteignez votre ordinateur et allez siffler dans votre jardin, vous verrez si les oiseaux vous répondent!

lundi 29 août 2011

J'aime l'auto stop!

   Ce matin, en me rendant à mon travail, j'ai eu l'immense surprise de trouver un auto stoppeur, cela faisait des lustres que je n'en avais croisé aucun, je pensais qu'ils étaient disparus, victimes de l'égoïsme des conducteurs d'aujourd'hui. Il m'a tellement surpris ce jeune homme que j'ai failli ne pas m'arrêter! Heureusement que je garde un très bon souvenir de mes années auto stop, j'ai donc embarqué ce pauvre petit gars qui attendait depuis presque trois heures qu'une âme charitable s'arrête enfin!
   Ce qui me met le coeur en joie, dans cette histoire, c'est que je me suis plus rendu service qu'à ce jeune, il m'a pourtant gratifié d'un merci aussi sincère qu'il avait attendu longtemps, mais, ses anecdotes sur la galère de faire du stop m'ont ramené à mes propres souvenirs de cette heureuse et insouciante époque où, la valise à la main, je savais d'où et quand je partais, sans toujours savoir où et quand j'arriverai!
   J'ai vécu des histoires inoubliables en pratiquant l'auto stop, j'ai passé des soirées chez des inconnus, juste parce que le lendemain ils prenaient la même direction que moi. J'ai commencé à pratiquer vers l'âge de quinze ans, les gens sont toujours impressionnés et admiratifs de jeunes adolescents qui se prennent en main, ils étaient donc enclins à avoir pitié de moi, j'en ai usé et abusé! En même temps, j'ai toujours été poli et respectueux, cela facilite l'intégration et quand je tombais sur des parents attentifs à leurs enfants, ils étaient choqués que mes propres parents me laissent ainsi livré à moi même, ce furent alors des invitations à manger, voire de l'argent que l'on me donnait en me déposant devant une gare, que je m'empressais de fuir dès qu'ils avaient tourné le dos, faut il le préciser!
   Puis j'ai vieilli, là il faut trouver d'autres méthodes pour se faire embarquer, la mienne était simple, j'avais récupéré la valise marine de mon père, mes cheveux coupés suffisamment courts, les automobilistes s'arrêtaient, croyant avoir affaire à un conscrit ( quelqu'un qui fait son service militaire, il faut tout vous dire, ah! Ces jeunes générations!!). C'était terriblement efficace, surtout que je n'apportais de démenti à leur crédulité qu'une fois que nous roulions! Ensuite, il me suffisait d'être moi même avec mon sens de la conversation, car la première raison qu'à un inconnu de vous prendre en stop est qu'il s'ennuie! Ceux d'entre vous qui me connaissent savent combien je peux ne pas être ennuyeux!
   J'ai fait des rencontres aussi incroyables qu'improbables par ces voyages aléatoires, des personnes que je n'aurai jamais rencontré autrement, cela m'a permis d'ouvrir mon esprit à des gens différents. J'ai rencontré  beaucoup d'êtres qui fuyaient leur solitude en me prenant à bord de leur voiture, certains furent si heureux de notre rencontre qu'ils faisaient des détours pour me simplifier la vie, mais aussi pour prolonger ce moment de plaisir. Il en est qui m'ont fait découvrir des lieux, d'autres qui m'ont invité au restaurant, voire chez eux! J'ai rencontré des homosexuels qui se contentaient de n'être pas jugés par moi pour en être heureux et se donner l'impression de mener une vie normale, à une époque où ils étaient encore considérés comme victimes d'une maladie, ils trouvaient dans mon oreille attentive un semblant d'amitié vraie. J'ai même été embarqué par un timide qui tentait de se soigner, j'étais sa troisième épreuve, selon la méthode de son psy! Imaginez, vous montez dans la voiture d'un gars qui est pétrifié, les mains crispées sur le volant et qui vous bafouille un: " ooùù a-allez v-vous?", le pauvre, en plus je lui ai répondu: " peu m'importe, vous avez l'air d'aller dans la bonne direction!" Ensuite, après quelques explications, nous avons sympathisé et je suis sur que je lui ai fait du bien dans sa lutte contre lui même!
   En fait, quand je fais un bilan, je me rends compte que,comme pour moi ce matin, prendre un auto stoppeur c'est d'abord se rendre service à soi, ce n'est pas de l'altruisme, juste une forme un peu poussée d'égoïsme, si ça dépanne quelqu'un en même temps, tant mieux!
   Allez, éteignez votre ordinateur et allez voir si vous trouvez un pauvre gars sur le bord de la route afin de lui exprimer votre reconnaissance!

dimanche 28 août 2011

J'aimais bien les touristes.

   Depuis ce matin, il se passe une chose incroyable, les touristes ont disparu! Quand je suis sorti pour faire mes courses, les rues étaient quasiment vides, certains restaurants et bars étaient fermés, ça m'a fait un drôle d'effet, j'ai pris conscience que j'aimais bien ces gens qui encombraient les lieux et places.
   J'avais pris l'habitude d'entendre des langues étrangères lorsque j'ouvrai ma fenêtre le matin, même l'anglais me poussait à sourire de joie, il m'était plaisant de voyager à l'étranger sans bouger de mon appartement. Et là, en une seule nuit, tout le monde est parti, ou presque, le temps s'est rafraîchi, faisant sentir les prémices de l'automne, le départ précipité des touristes a mis fin à l'été!
   Certes, il y a un côté positif, j'ai fait mes achats sans bousculade, sans attendre derrière une longue file de gens ne sachant pas ce qu'ils veulent ou ne sachant simplement pas l'exprimer dans notre langue. C'est maintenant que je découvre le vrai visage de mes commerçants, ceux qui ont réussi leur saison affichent des visages fatigués mais épanouis, les autres forcent l'amabilité pour nous mieux faire revenir sans doute, certains semblent découvrir que j'habite leur ville et qu'ils continueront de me voir!
   J'ai décidé de savoir ce qu'il se passait et s'il était normal que la ville se vide aussi brutalement, mon libraire étant le commerçant avec qui j'ai noué les meilleurs contacts et qui est un pur Dinanais me semblait le mieux placé pour m'informer. En fait, c'est la transition m'a t il dit, bientôt les rues seront à nouveau peuplées, mais ce ne sera que par des vieux, seuls ou en troupeaux!
   Il paraît que cela donne une vision très différente de la ville, mais je ne suis pas inquiet, plus rien ne pourra me détourner de Dinan, c'est ici que va se dérouler ma vie. Le sentiment d'appartenir à ce lieu est trop fort, comme si j'étais rentré à la maison après un très long voyage, je respire cette ville plus que je la sens, c'est de la magie! D'ailleurs, je devais quitter la rue si bruyante où je vis, mais j'ai craqué et je ne peux quitter la ville historique, je ne fais donc que me déplacer de quelques mètres afin de rester cerné par les maisons à colombages.
   L'arrivée imminente de ma Cathy dans la ville ajoute à l'attrait qu'elle exerce sur moi. Mon Amoureuse est, elle aussi, tombée sous le charme de ces rues médiévales, de la sympathie qu'expriment ses habitants et de ce côté village breton de la vieille ville. Nous allons y installer notre famille et je sais déjà que notre bonheur y sera total.
   Alors, je pourrai dire que j'aimais bien les touristes, puisque, absents ou présents, je ne les verrai même plus!